Monastère

Saint

Jean Baptiste

d'Unterlinden

 

A Colmar

 

St Jean-Baptiste bénissant les moniales
Graduel d'Unterlinden, XIVè siècle. © Bibl. Ville de Colmar. MS317

 

 

1232 - Tout commença avec le projet de deux jeunes veuves de se consacrer au Seigneur. Elles se réunirent avec leurs enfants et leurs domestiques dans la maison de l'une d'elles : "Unterlinden" (sous les tilleuls).
D'autres femmes s'étant jointes à elles, Frédéric, abbé de Munster, leur céda une maison plus spacieuse : "Ufmühlen" jouxtant une chapelle dédiée à St Jean-Baptiste.

Aidées dès le début par un dominicain, Lecteur du Couvent de Strasbourg - le fr. Walther - elles désirèrent être incorporées à son Ordre. Les deux fondatrices, Agnès de Mittelheim et Agnès d'Herkenheim entreprirent dans ce but une démarche peu commune pour l'époque : aller elles-mêmes à Rome. Un document sur lequel nous
reviendrons, les "Vitae Sororum", y fait une brève allusion. On ne peut que déplorer cette brièveté puisqu'il ne reste aucune chronique relatant ces faits, et imaginer sans peine les péripéties d'un tel voyage pour ces deux femmes!
Elles ont vraisemblablement résidé à Rome au monastère de St Sixte, fondé par St Dominique en 1219 (2) où elles auraient été initiées aux us et coutumes des moniales de l'Ordre.
Elles prirent toutes ensemble l'habit dominicain à leur retour mais ne seront officiellement incorporées à l'Ordre qu'en 1245. (3) Comme leurs frères, les moniales s'engageaient à vivre "sous la Règle de St Augustin et les Constitutions de l'Ordre des Prêcheurs".


Règle de St Augustin
© Ms 576 Bibl de la Ville de Colmar

 

Quand Colmar s'entoura d'un mur d'enceinte, Ufmühlen se trouva "hors les murs", à la merci des pillards et des bandes armées qui foisonnaient à l'époque. Elles revinrent donc à Unterlinden et entreprirent de l'agrandir peu à peu.

         
                     
     

Plusieurs légendes sont nées autour d'une statue de St Jean-Baptiste que les soeurs auraient ramenée d'Ufmühlen.

 

Une de ces légendes dit que la statue - enfouie sous terre - aurait appelé les soeurs sur le point de partir, leur demandant, et qui plus est, en dialecte alsacien, de le déterrer et de l'emporter avec elles ! Selon une autre, ce serait sur son conseil qu'elles seraient rentrées en ville. Légendes, bien sur, mais qui prouvent la dévotion des moniales pour leur saint Patron, dès l'origine.


Les "Annales et chroniques des Dominicains de Colmar" (4) nous apprennent qu'après avoir fait construire un dortoir en pierre, ce qui, pour l'époque, est un fait remarquable, elles achevèrent, après le choeur et le cloître, un cellier, en 1275.
C'est en 1269 qu'eût lieu la consécration solennelle de l'église
présidée par Albert le Grand, dominicain, maître en théologie et ancien évêque de Regensburg (Ratisbonne).

En 1278, le monastère est "ceint d'un mur de 20 pieds". La même année, le chroniqueur tient à noter qu'elles ont même acquis une horloge pour la somme de six marks.
Parlant des établissements religieux de la région, le dominicain Bernard Gui (5) qualifiera Unterlinden de "magnum et opulentum": imposant et opulent. Unterlinden gèrera effectivement très vite un patrimoine considérable en rentes, cens, revenus sur des maisons ...et possédera même une "cour dîmière" à Eguisheim, près de Colmar.

       
   

 

     
 

Elles ont pratiqué une généreuse hospitalité - ce qui était d'ailleurs la règle dans toutes les abbayes et monastères de l'époque. Elles le firent même pendant les nombreuses disettes dont elles furent elles-mêmes les victimes. Le chroniqueur colmarien note qu'en 1282. les soeurs n'ayant plus de pain que deux fois la semaine, furent réduites à se nourrir, pendant six semaines, d'une sorte de brouet sans cependant cesser de secourir les pauvres; or, dit-il, il s'en présenta 1600 à la porte du monastère...

   
 

Il n'empêche que si, comme le dit Georges Bischoff dans son "Histoire de Colmar" (6), une telle opulence eut un rôle économique très positif en mettant ainsi la ville en contact avec son "hinterland" direct, elle sera aussi peu à peu perçue comme un contre témoignage et ne fera que renforcer le succès de la Réformation dans les classes populaires.

C'est le fr. Volmar, architecte et convers d'Unterlinden, qui dirigea les travaux de construction du monastère comme il le fit, en 1278, pour ceux du couvent des frères quand ils s'installeront à Colmar. (cf à Colmar l'église des Dominicains et une partie de l'actuelle Bibliothèque municipale.)
Les moniales les aidèrent de leurs deniers et furent alors "confiées à la sollicitude de leurs frères" de Colmar.
Ces derniers succédaient à ceux de Strasbourg, de Bâle, puis de Fribourg, au fur et à mesure que de nouveaux couvents se fondaient.
Un dernier établissement dominicain : le monastère Ste Catherine, viendra en 1311, profiter, lui aussi, de la sécurité qu'offraient les murs de la ville. (7)

 

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Notes :


Abréviations: A.D.H.R. = Archives Départementales du Ht Rhin. B.V.C. = Bibliothèque de la Ville de Colmar.


1- Mme Ancelet-Hustache a publié l'édition critique du texte latin de ce manuscrit dans les "Archives d'Histoire doctrinale et littéraire du moyen âge", Paris,1930.
Il existe plusieurs traductions partielles ou regroupées par thèmes ou sous forme de "florilèges", mais aucune traduction française intégrale, si l'on excepte les "Fleurs dominicaines" du Vte de Bussière, Paris, 1864. Dans sa longue introduction historique, son intolérance systématique pour tout ce qui n'est pas catholique en rend la lecture éprouvante.


2- St Dominique y regroupa, à la demande du pape, plusieurs communautés de moniales romaines.


3- A Lyon, le 4 septembre 1245 A.D.H.R. H/Unterlinden 1 /1 n°l.

4- "Annales et chronique des Dominicains de Colmar' ms. de Stuttgart. Traduction Gérard et Liblin. Decker, Colmar, 1854. Les notes contiennent plusieurs inexactitudes et erreurs.

5- Bemard Gui, dominicain (1262-1333) est l'auteur d'une précieuse compilation des chroniques de son époque.

6- "Histoire de Colmar' sous la direction de Georges Livet, Privat, 1983.

7- D'abord béguines à Katzenthal, puis à Ammerschwihr, avant leur transfert à Colmar.

Croquis d'après "Colmar panoramique et architectural", Chr. Heck et J.CL. Schmitt, Contades, 1983.

 

 

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