Monastère

Saint

Jean Baptiste

d'Unterlinden

 

XIVè siècle :

Une Intense Vie Spirituelle

 

© Jean Tauler, édition du XVIIe s. Bibl particulière

 


Les moniales d'Unterlinden, nous l'avons vu, avaient eu la chance de recevoir de leurs frères une solide formation doctrinale.
Elles furent donc tout acquises au grand mouvement de spiritualité qui se développa à la fin du XIIIe siècle et pendant tout le XIVe : la mystique rhénane, rhéno-flamande, plus exactement.
" La profondeur de la mystique rhénane dominicaine est le fruit de la ténacité des soeurs et de la générosité des frères"; écrit à ce propos le fr. Gui-Thomas Bedouelle o.p. (13)

Nos soeurs avaient eu d'illustres devancières, ferventes et mystiques, chez les bénédictines et cisterciennes allemandes, mais l'originalité de ce mouvement est de ne pas se limiter aux moniales: il intéresse des béguines, des laïcs, qui se visitent, s'écrivent, diffusent leurs idées, recopient sermons et traités.
Pour ne citer que quelques noms parmi les plus prestigieux, évoquons: Ruysbroeck, Gerhart de Groote, et, pour notre Ordre Maître Eckhart, Jean Tauler, Henri Suso...
Beaucoup, en effet, étaient dominicains et fréquentaient les monastères de leurs soeurs. Ils y séjournaient , y prêchaient et la correspondance allait bon train...
Maître Eckhart fit une visite canonique à Unterlinden en 1322: les conclusions en sont confirmées et ratifiées par le fr. Hervé de Nédellec, Maître de l'Ordre. En voici un extrait :

cf. ligne 4 : "Le Fr. à savoir Eckardus, Me en théologie, 10 Décembre 1322 (14)

Jean Tauler, dominicain strasbourgeois, sillonna la région, prêchant sans relâche.
La fille spirituelle d'Henri Suso, Elsbeth Stagel, du monastère de Töss , en Suisse, rédigea une "chronique" qui a bien des points communs avec les vitae Sororum.
Traités et sermons étaient lus, médités, parfois traduits, copiés et recopiés par les calligraphes d'Unterlinden (15).
Combien de noms de ces soeurs sont-ils parvenus jusqu a nous? Fort peu. A celui d"Elisabeth Kempf, dont on vantait l'élégance des traductions, ajoutons celui de Dorothée de Kiippenheim.


     

"Ich, schwester Dorothea von Kippenheim (...)
hab disz buch vsz dem latin zu tutsch geschrieben..."
© Bibl. Ville Colmar. Ms 717-II fol. 324
     


Sur plusieurs recueils conservés à Colmar figurent leurs noms, comme ci-dessus.

 

 
II faut toutefois se demander si cette intense vie spirituelle survécut à l'école rhénane.
C'est la question que posait Francis Rapp dans son intervention au Colloque de Strasbourg sur la mystique rhénane en 1961. (16) Ces communautés, comme il le soulignait, "dont les chroniques d'Unterlinden et de Töss nous révèlent l'exceptionnelle ferveur', avaient été "bien faites pour goûter et comprendre les audaces de la mystique spéculative."
Force est cependant de reconnaître que, très vite, elles ont remis l'accent sur la piété et d'innombrables pratiques de dévotion, souvent au détriment de l'expérience mystique des débuts.
 

© Bibl de Colmar, Ms 285

 

 

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© Bibl de Colmar, Ms717, II

 

Notes :

13- Guy-Thomas Bedouelle o.p. in "Dominicains", Cerf, 1980,p. 49.

14- A.D.H.R. H/Unterlinden 1/5 bis.

15- En 1961, la Bibliothèque de la Ville de Colmar organisa une exposition dans le cadre du Colloque sur la mystique rhénane. Le catalogue -Strasbourg,l961-regroupait plus de 25 manuscrits.

16- cf. note précédente.

 

 

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