Monastère

Saint

Jean Baptiste

d'Unterlinden

 

Le XVe siècle


et le mouvement de

réforme dominicaine

 

© Martin Schöngauer. Musée d'Unterlinden

 

Et, malgré une telle conjoncture, Colmar se développait...
Ville marchande, bien située, nantie d'un port, le Ladhof, elle fait partie de la Décapole, la Fédération des dix villes rhénanes, et obtient, en 1354, le droit de battre monnaie.
Le quinzième siècle fut l'âge d'or de Colmar.
Il nous en reste encore bien des vestiges : la maison Pfister, l'Ancienne Douane, l'oeuvre de Schöngauer...

Face à cette renaissance, une Eglise affaiblie, divisée: deux papes, Urbain VI à Rome, Clément VII à Avignon; des ordres souvent décadents, des couvents décimés par les épidémies.

L'essor prodigieux de l'Ordre dans la Province (18) devient la cause de son déclin, dans la mesure où l'on veut maintenir à tout prix tous les établissements. Ce prix, ce fut un recrutement peu sélectif, des sujets trop jeunes ou peu fervents.

Peu à peu, la "vie privée" s'instaura. Chez les frères, la "dispense" qui avait été au service de l'étude en vue de la prédication, fut déviée de son sens et accéléra la désagrégation de la vie religieuse.

Trois monastères strasbourgeois demandèrent à ne plus être sous la "direction" de leurs frères. Ici encore, Unterlinden manifesta son attachement à l'Ordre et aux frères de Colmar, comme l'exprime la prieure, en 1470, dans sa lettre à Rome :
"Moi, sr Elisabeth, (...) je proteste publiquement en mon nom et au nom de mes soeurs au sujet de ce que nous avons appris (...) à savoir que certains monastères ont dit beaucoup de mal des frères et de leur gouvernement (...) Nous supplions humblement qu'on nous permette de demeurer sous cette direction que nous ne pouvons souhaiter meilleure, comme nous y sommes obligées par notre profession et notre rattachement à l'Ordre." (19)
Ces frères étaient-ils plus observants que la plupart de ceux de Strasbourg? Toujours est-il que c'est Colmar que le fr. Raymond de Capoue, maître de l'Ordre, confesseur et "fils spirituel de Catherine de Sienne", choisira pour amorcer son projet de Réforme dominicaine. Il y enverra le fr. Conrad de Prusse, choisi pour sa "volonté droite d'imiter notre Père St Dominique afin de prendre la direction du couvent de Colmar et des deux monastères qui y sont sis." C'est une nomination et non une élection ! (20)
Conrad de Prusse entreprit donc la réforme des monastères de la région.

Il acheta aux chanoines de Marbach le couvent de Schoenensteinbach tombé en ruines, le restaura et y plaça, avec quelques recrues, celles des moniales qui désiraient reprendre une vie de stricte observance. De là, elles allèrent réformer, par petits groupes, les autres monastères. (21)

Sceau de Schoenensteinbach - XVIIe s.

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En 1419, Unterlinden fut réformé à sa demande, et tout, semble-t-il, se passa sans heurts.
Par contre, ce fut moins aisé à Ste Catherine de Colmar, à qui la Réforme fut imposée.
Ailleurs, il y eut parfois des résistances et même des heurts et quelques incidents tragi-comiques dûs, vraisemblablement, au comportement des réformateurs, montrant plus de zèle et parfois même, de brutalité, que de diplomatie ou même de tact. Unterlinden connut un nouvel essor, mais il fut de courte durée.

 

 

Notes :

18- cf. plus haut p. 5 et note 5.
19- rapporté dans les "Annales et chronique des Dominicains de Colmar".
20- cf. Annette Barthelmé, "La Réforme dominicaine au XVe siècle". Etude sur l'histoire du droit et des institutions d'Alsace. T VII, Strasbourg, 1931.
21- cf. la thèse de Jean-Charles Winnlen: "Schoenensteinbach- une communauté religieuse féminine - 1138-1792-" publiée par la Société d'Histoire Sundgauvienne, 1993.

 

 

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