Monastère

Saint

Jean Baptiste

d'Unterlinden

 

De la guerre des paysans

à la Révolution Française

 

 

 

Colmar en 1643

 

La "Guerre des paysans" suscita une très grande frayeur dans les couvents. Unterlinden demanda la protection de la Ville, le "Schutz und Schirm". Le mouvement n'atteignit pas Colmar mais les soeurs avaient bel et bien aliéné leur autonomie.
La "klosterordnung" de 1538 renforça ces mesures. Puis d'autres, aux conséquences plus graves, furent prises. Les biens des couvents étaient confiés à un administrateur civil.

II fallut ensuite l'assentiment des autorités de la Ville pour accueillir des novices. Unterlinden eut le cas d'une soeur bâloise que la Ville voulut expulser.
Le contentieux s'alourdit: pas de violences, mais des mesures vexatoires et une guerre d'usure, surtout quand, après la Grande Réforme, l'administrateur fut protestant. On pouvait, il est vrai, difficilement espérer une particulière bienveillance de la part de protestants qui, en 1627, avaient eu six mois pour abjurer leur foi ou s'exiler !
En 1632, les Suédois sont à Colmar. Leur réputation de cruauté était telle que la Ville hissa le drapeau blanc sans tenter d'opposer la moindre résistance dès que Horbourg tomba aux mains du général Horn.
Les colmariens furent durement rançonnés et les communautés religieuses ne furent évidemment pas épargnées.


Extrait d'un livre de comptes d'Unterlinden :

"offert au général Horn et à son secrétaire, en échange de sa protection, notrre meilleur cheval... 90 écus."
" Une timbale dorée offerte à son prédicant contre la promesse (non tenue) de ne plus nous donner des gens de guerre à loger et nourrir... 25 écus."
" N'ayant plus de chevaux, il fallut faire appel à des étrangers pour rentrer le bois de la forêt... 200 Livres."

 

 

Et, de nouveau revint l'horrible cortège de la misère, des épidémies et de la famine...
l a chronique des Franciscains de Thann cite quelques cas atroces.

La "Paix Française"- annexion de l'Alsace en 1673 par Louis XIV- fut douloureusement vécue par Colmar.
Pouvait-il en être autrement ? Une ville de la Décapole, protestante, fière de son indépendance politique, administrative, judiciaire et religieuse, que lui garantissait l'Empire, ne pouvait que s'opposer systématiquement à toute décision émanant du Grand Bailli royal qui siégeait à Haguenau. Le conflit dura près de 20 ans. En 1673, Louis XIV fit démanteler la forteresse et désarmer la ville. Tout fut transféré à Brisach, pendant qu'une garnison s'installait à Colmar.

En 1690, le maître de l'Ordre, Antonin Cloche, surpris de la résistance de certains frères à leur "assimilation" à une Province française, fonda une Congrégation d'Alsace pour 'franciser" des frères qui étaient, en fait, de culture essentiellement germanique. Il nomma un vicaire de la Province de France. Les résultats, au début, furent très mitigés.


Les ADHR conservent dans le fonds unterlinden des procès-verbaux de l'examen canonique requis avant la profession religieuse. Certains portent la mention : "Lecture faite et interprétation donnée en allemand" (22)

 

Les livres d'Unterlinden qui ont été conservés sont, pour une bonne part, en allemand, et sont même parfois des traductions d'oeuvres françaises.
C'est finalement à Colmar qu'en 1698, vint s'installer le Conseil Souverain d'Alsace. Changement radical au niveau des institutions mais aussi sur le plan démographique par l'apport d'un important groupe de bourgeoisie parlementaire francophone et catholique.
Bien des recrues, à Unterlinden, à cette époque, sont issues
de ce milieu.

En 1723, le monastère d' Unterlinden comptait 43 moniales et 23 domestiques, ce qui prouve l'importance de son domaine,

Ont-elles pressenti que la fin était proche?
On pourrait en douter quand on relève que le maître-serrurier Schmutz posa une grille devant le maître-autel à Noël 1772, puis que les soeurs entreprirent d'importants travaux: on construisit un étage de cellules au-dessus du cloître.
Les Archives Départementales conservent des actes de vêture qui datent de la fin du XVllle siècle.

Une première alerte eut lieu en février 1791: la municipalité de Colmar avait adressé un mémoire à l'Assemblée Nationale pour obtenir les bâtiments d'Unterlinden afin d'y loger la garnison.
La prieure, sr M.Albert Reichstetter et l'économe, sr M.Rosalie Christnacht, adressèrent une supplique à la Convention. Il semble qu'elles aient eu gain de cause.


Mais, le 31 juillet 1792, les moniales furent sommées de quitter leur monastère; il leur était enjoint, soit de se regrouper à Schoenensteinbach, soit de se retirer dans leur famille.
Elles choisirent toutes de se disperser. Un délai de trois semaines leur fut consenti pour
déménager. Elles quittèrent définitivement Unterlinden le 29 août, jour où la liturgie célèbre la décollation de St Jean-Baptiste.


Curieusement, Schoenensteinbach se trouva ainsi lié par trois fois à l'histoire d'Unterlinden.
Au début de sa fondation, Hedwige de Steinbach (23) vint de son monastère pour enseigner le chant et l'Ecriture Sainte.

C'est de Steinbach, devenu Schoenensteinbach, que partit la Réforme Dominicaine.

 


Emile Herzog © Bibl Ville de Colmar.

Au moment de leur expulsion, ce lieu leur est proposé pour se regrouper. Ce n'aurait été que provisoire : ce monastère disparut lui aussi avec la Révolution.

 

© Emile Herzog, 1916, Bibl. Ville de Colmar

 

***********

 


© J.J Rothmuller. 1863 Cabinet des Estampes, Strasbourg

 

Devenu tour à tour caserne, écuries, ateliers, le monastère d'Unterlinden se délabrait.
La décision de le démolir fut mise en échec, in extremis, grâce à l'initiaive de Louis Hugot, chartiste, archiviste et bibliothécaire de la Ville. Il obtint l'autorisation de le transformer en musée, à charge pour lui d'en assurer la restauration.
Avec un zèle inlassable, doublé d'une rare érudition, il mobilisa les bonnes volontés :
la Société Schöngauer fut fondée en 1847, et Unterlinden classé monument historique en 1854.
Il parvint à obtenir des subsides, trouva des bienfaiteurs...
Peu à peu, tous les objets d'art provenant en grande partie du Séquestre de la Révolution furent regroupés dans ce qui allait devenir le prestigieux musée d'Unterlinden. C'est actuellement un des musées nationaux de France les plus visités.

 

 

Lire la suite...

 

Notes :

22- procès-verbal de l'examen canonique.A.D.H.R.H Unterlinden, 24 H 16,2 bis
La soeur Heinrich (Henriette) Spies, de Sélestat, qui vivait dans sa famille depuis l'expulsion, reçut la visite du fr. Henri -Dominique Lacordaire, venu prêcher le Carême à Strasbourg en 1846. Le P. A.M.P.Ingold cite cet épisode dans ses Miscellanea alsatica 3ème série, Colmar, 1897, p. 125. Son arrière-petite nièce, Melle Spies, de Sélestat, 92 ans, écrivit aux soeurs de Logelbach en 1927: "Le R. P. Lacordaire, ayant prêché, une station (sic) à Strasbourg a appris qu'il y avait une dominicaine à Sélestat, désira lui faire visite, il a passé la nuit au presbytère ste Foy (M.orthlieb était curé), dit sa messe à Ste Foy et après ma ma grand-tante lui a offert le chocolat, c"est tout ce que je sais. Etant gamine, je n'ai rien pu apprendre, me souviens de l'avoir vu, était tout en blanc.". M. Spies.
23- Vitae Sororum, ch. XIV

           
Haut de page Haut de page